
Le designer graphique est une espèce sauvage qui évolue en petits groupes ou parfois seul, comme dans mon cas. Quand il se sent trop isolé, le designer graphique se regroupe, pour discuter, collaborer, échafauder des projets, et boire des matchas. Comme la plupart des humains, le designer graphique aimerait que sa voix porte, que son rôle soit reconnu, que ses intérêts soient défendus. Alors il tente de se bâtir un ordre professionnel. Et quand le gouvernement lui ferme la porte, le designer graphique crée une association, parce que c’est toujours mieux que rien.
(J’utilise le masculin pour des raisons d’autofiction.)
Au Québec, il y avait la Société des designers graphiques du Québec (SDGQ). Celle à laquelle j’ai souscrit, celle qui m’a accordé mon flamboyant titre de DGA (designer graphique agréé), celle dont j’ai intégré le conseil d’administration pendant quelques années.
Je suis passé à l’imparfait, parce qu’hier soir 1er juin, nous avons dû mettre fin à la vie de la SDGQ, après 52 ans d’existence.
Pour une raison essentiellement comptable : les frais de fonctionnement, même faibles, dépassaient les revenus. Manque de soutien, baisse du membership, transformation du domaine, individualisme, fatigue des dirigeants qui tenaient la patente à bout de bras sans rémunération, ceci n’est pas une histoire nouvelle.
Malgré la radicalité de cette décision, la porte (virtuelle) reste ouverte à la renaissance de la SDGQ sous une autre forme administrative. Parce que l’idée, elle, mérite de survivre.
En 2026, le design graphique doit-il être encadré? Peut-il l’être? Sinon quelle entité morale peut légitimement arbitrer ce qu’est une bonne approche, ce qui est de l’amateurisme, ce qui est produit à la chaîne, et maintenant, ce qui ne provient pas d’un cerveau humain?
Encadré? Si la réponse est oui, par quel bout prendre la chose? Par où commencer et comment convaincre les gens concernés, c’est-à-dire les graphistes eux-mêmes, leurs clients institutionnels ou privés, et les millions de gens qui sont touchés par leurs productions?
Si la réponse est non, l’individualisme mènera prévisiblement à une jungle dont personne – sauf les big tech bros – ne sortira gagnant.
Au pire, après le grand cataclysme qui nous pend au nez, on repart pour un cycle à l’étape des peintures rupestre, quand les graphistes cromagnonesques laissaient vraiment leur marque.













