Vous n’avez probablement jamais entendu parler de Khabarovsk, une ville pourtant touristique de l’Extrême-Orient russe, bordée par l’Amour (le fleuve). En janvier, l’aéroport local s’est doté très discrètement – car le site officiel n’en porte pas de trace – d’un logo pour le moins audacieux: un ours blanc sur fond bleu. Et il vole. Après tout, l’ours est l’emblème de la Russie, et la vocation d’un aéroport est le voyage par les airs, alors pourquoi pas un ours qui vole?
Alors qu’on découvre semaine après semaine à quel point la richesse est peu équitablement répartie, et à quel point ce beau capitalisme (modèle 1951 pimpé à neuf) semble faire plus de dommages que de bons coups, bien des choses échappent encore aux apprentis indignés que nous sommes. Et pourtant, beaucoup de données sont accessibles.
En cherchant la liste des compagnies les plus riches du monde par revenu annuel, dans le but initial d’analyser leurs logos, j’ai eu la surprise de tomber sur des noms inconnus. Six dans les treize premiers. La liste est là, sur Wikipedia, en anglais d’affaires. À l’ère des méga-corporations, la moitié des entreprises de la planète qui engrangent le plus d’argent – on compte ici en centaines de milliards – sont totalement inconnues du grand public.
Sinopec
Rang : 1er
Revenu annuel en 2013 : 486 milliards de dollars
Pays : Chine
Secteur d’activités : pétrole
Aussi appelé China Petrochemical Corporation, ce consortium d’État à l’échelle de la Chine n’a besoin de marketing ni là-bas ni ici pour amasser pas loin de 500 milliards de dollars par an! Fait cocasse : le logo de la première fortune mondiale est l’un des plus laids qu’il m’ait été donné de voir. Le S atrocement torturé, le I et le N ridiculement étirés, les autres lettres pointues et mal équilibrées, le cercle rouge intégré à la hâte, la lisibilité douteuse : chaque détail fait tellement cheap qu’on chercherait presque un second degré!
China National Petroleum Corporation
Rang : 3e
Revenu annuel en 2013 : 455 milliards de dollars
Pays : Chine
Secteur d’activités : pétrole
Compagnie sœur de la précédente, la CNPC peut au moins s’enorgueillir d’un logo digne de ce nom. Évoquant le rayonnement d’une raffinerie qui explose d’un soleil levant, le pictogramme s’inscrit dans une fleur de lotus aux tonalités chaudes. Pas de quoi tomber à genoux, mais ça fait la job tout en donnant l’illusion qu’on respecte l’environnement.
Saudi Aramco
Rang : 7e
Revenu annuel en 2013 : 365 milliards de dollars
Pays : Arabie saoudite
Secteur d’activités : pétrole
Tête de peloton du légendaire or noir saoudien, Aramco possède la plus grande réserve de pétrole brut au monde. Son logo, très branché sur les années quatre-vingt-dix, nous permet de voir à quoi ressemble la populaire fonte Dax en caractères arabes. C’est à peu près tout.
State Grid Corporation of China
Rang : 8e
Revenu annuel en 2013 : 338 milliards de dollars
Pays : Chine
Secteur d’activités : électricité
Après le pétrole. l’électricité – c’est quasiment rassurant! La State Grid détient le monopole de production et de distribution d’électricité en Chine, ce qui en fait le plus gros distributeur électrique du monde. Visiblement issu des années quatre-vingt, le logo monochrome nous donne instantanément l’envie d’un poulet Général Tao tant il ressemble à celui du resto du coin.
Vitol
Rang : 9e
Revenu annuel en 2013 : 307 milliards de dollars
Pays : Pays-Bas/Suisse
Secteurs d’activités : pétrole, pétrochimie
Surprise dans cette fin de peloton, voici deux pays européens plutôt discrets, mais qui tirent eux aussi une fortune colossale de l’exploitation et de la transformation du pétrole. Très basique, leur logo en grosse goutte d’huile exploite l’Helvetica nationale, sans toutefois se démarquer dans ce pays riche en graphistes et en typographes.
Glencore Xstrata
Rang : 13e
Revenu annuel en 2013 : 239 milliards de dollars
Pays : Suisse
Secteurs d’activités : mines, énergie, agriculture
Autre énorme fortune suisse, autre géant de l’exploitation fossile. Et – surprise! – un logo sobre et élégant comme une couverture de Vanity Fair. Rien de trop créatif, mais on peut dire que la richesse est un peu mieux assumée que dans les cas précédents…
* * *
Si j’ajoute que Shell, Exxon, BP, Total et Chevron figurent également dans les 15 premières fortunes mondiales, on peut, hors de toute considération idéologique, comprendre pourquoi, malgré un consensus scientifique clair, l’humain continue de consommer du pétrole comme si sa survie en dépendait. Démocratie et bien commun sont des concepts fragiles face à ces géants dont l’influence est bien sûr proportionnelle à leur puissance. Rien d’étonnant ni de nouveau dans ce constat, mais il est toujours utile de prendre connaissances de certains faits qui façonnent notre monde sans qu’on en soit toujours bien conscients.
Et les logos, dans tout ça? On s’en fout, je suis bien d’accord.
Cabu, Wolinski, Charb, Tignous. Quatre dessinateurs de presse, quatre pamphlétaires au sens original du terme, quatre regards critiques sur la société. Quatre voix dérangeantes qui se sont tues sous les balles d’une poignée d’extrémistes. Quatre artistes engagés, morts pour leurs convictions.
J’écris ce court hommage le jour même où ce drame a eu lieu, sans réel recul. Qu’importe, il ne s’agit pas d’une thèse, mais d’une réaction émotive à un événement tragique dont la gravité dépasse de loin le nombre de victimes.
Autant le dire tout de suite, 2014 n’a pas été un millésime marquant en matière d’images de marque, ni au Québec ni ailleurs. Quelques tendances se sont affirmées, mais peu de logos ont fait la une. En toute subjectivité, voici néanmoins une mini-revue de l’année avec les meilleurs logos… et ceux qu’on essaiera d’oublier dès le 1er janvier!
Notez que l’ordre n’a aucune importance, tant il est impossible de comparer des pommes aux proverbiales oranges. Vous avez même le droit d’être en désaccord avec ce palmarès – et de nous le faire savoir!
Pizza Hut, qui s’autoproclame la plus grande entreprise de pizza au monde, vient de dévoiler son nouveau logo. À la fois ancrée dans son passé et audacieuse dans son dépouillement, cette nouvelle image pourrait devenir un cas d’école.
Fondée en 1955 au Kansas, Pizza Hut est une réussite typiquement américaine: un seul restaurant au départ et 15 000 à ce jour. Son image de marque est donc familière à la plupart des Terriens, puisque son curieux toit rouge en forme de chapeau s’affiche aujourd’hui dans 93 pays.
Québec vient de dévoiler sa nouvelle image de marque. Présentée par son incontournable maire, Régis Labeaume, et la vice-présidente du comité exécutif, elle s’articule autour d’une signature inattendue: l’accent d’Amérique. Et un logo… qui mérite qu’on s’y attarde.
Selon Le Soleil, «la conseillère Julie Lemieux s’est dite « émue » par ce long travail sur « l’ADN » de Québec qui se termine». «On a été les premiers à mettre un accent sur l’Amérique. Ça représente bien notre passé, mais aussi notre présent et notre avenir.» Je laisserai le plaisir aux spécialistes de la communication d’analyser le message que véhicule ce slogan post Clotaire Rapaille, ainsi que le clip mis en ligne sur le site de la Ville sur YouTube, et dont la banalité des images contraste avec la musique pompeuse. Puisque c’est le mandat de cette chronique, penchons-nous sur le logo.
Le papillon est un animal discret, mais dont le bruissement d’ailes survit aux saisons. Celui qui orne le logo de MSN vient de connaître sa troisième mue, dans l’indifférence polie qui caractérise la plupart des sorties logicielles de Microsoft.
Pour la plupart d’entre nous, l’acronyme MSN appartient au passé plutôt qu’au présent. Souvent confondu avec la messagerie Messenger de Microsoft, MSN – pour Microsoft Network – désigne en fait une panoplie de sites et de services en ligne offerts par le géant de Redmond.
Avec un certain sens du spectacle et le soutien des Nations unies, l’organisme HeForShe veut mettre de l’avant une vision renouvelée du féminisme. Dans sa panoplie, un logo qui conjugue les symboles mâle et femelle…, et suscite quelques doutes.
À moins de sortir d’un profond coma, vous avez forcément vu ou entendu parler du discours qu’Emma Watson – l’ex-Hermione de la saga Harry Potter – a livré le 20 septembre dernier à la tribune des Nations unies. Axé sur l’urgence d’engager les hommes dans la cause féministe, il n’avait rien du coup de tête spontané d’une jeune actrice, mais officialisait le lancement à grand déploiement de HeForShe (quelque chose comme «Lui pour elle»).
La Fondation Mira a récemment lancé la campagne Unis pour déjouer l’autisme en collaboration avec l’agence Publicis Montréal; focus sur le visuel mi-enfant mi-chien.
Selon le communiqué, il s’agit de mettre l’accent sur «l’extraordinaire accompagnement de chiens spécialement entraînés par la Fondation pour venir en aide aux enfants affectés par le grave problème de l’autisme».
Mise sur pied en 1981, Mira bénéficie aujourd’hui d’une large reconnaissance et de la sympathie du grand public. En plus de ses actions concrètes au profit des handicapés et de ses irrésistibles photos de chiots, la Fondation s’appuie sur une identité visuelle terriblement efficace: son logo, dessiné par Paul Gauthier et couronné de nombreux prix, est fermement ancré dans l’imaginaire collectif.







