Correspondance : États-Unis

Voici la correspondance que j’ai échangée avec Catherine Ethier lors du Cabaret des auteurs du dimanche ayant pour thème États-Unis. Le principe est simple : j’ai écrit une première lettre à Catherine, qui m’a répondu, à qui j’ai répondu… et j’ai découvert le quatrième chapitre sur scène, en même temps que le public. Avertissement : si vous allez aux États après avoir lu ça (même au Minnesota), vous serez déçus.

Chère Serena Wolfpitch,

Je vous écris, car je vous ai vue hier dans le reportage sur les poseuses d’ongles dans le Minnesota Nord. Je suis moi-même peu informé sur les techniques de manucures et sur la région de Bemidji, mais je n’oublierai jamais votre témoignage. Était-ce votre sourire, vos doigts robustes, votre voix rauque, votre léger accent abitibien, ou l’architecture de vos boucles rousses? Toujours est-il que j’ai eu LA révélation, celle que j’attendais depuis des années et qui me pousse à vous écrire.

Là, je change de paragraphe et je passe au tu, tu vas comprendre pourquoi assez vite, ma Serena.

Tu es Sergio-L’Escapade et tu me dois ma part.

Oh, ton changement de sexe pis de face sont parfaits, et sans cette émission pour madames, j’aurais JAMAIS eu l’idée de te chercher aux États. Mais comme j’ai pas retrouvé de travail depuis ma sortie, j’ai beaucoup trop de temps pour regarder les émissions plates. Serena.

Je suis pas comptable, mais d’après mes calculs, tu me dois 225 000 belles piasses. C’est le 100 000 de ma part, plus 22 ans d’intérêts. Parlant de 22 ans, tu sauras que c’est long en cibolaque au pénitencier, et ça laisse pas mal de lousse pour imaginer le tabarnak – ou le transgenre, comme on dit maintenant – qui s’est poussé avec le cash. Je me suis rejoué en masse l’attaque du camion de Garda entre Drummondville et Saint-Eugène, la souricière parfaite, le gros en uniforme qui veut jouer au fin-finaud, le coup de feu, la police ben trop proche, la gang en panique, et mon Sergio qui disparaît avec les sacs.

On était une équipe. Des chums. J’ai pas mérité de pourrir pendant 264 mois au milieu des fous malades, juste parce que j’ai un peu tué le gros. Mais mettons que j’ai payé ma dette à la société.

Ben je pense que c’est le moment de récupérer mes bidous. Parce qu’ils sont à moi, et parce que c’est ben beau de se faire chopper la bizoune pour poser des ongles à des Minnesotiennes, mais à un moment donné, faut payer son bill. Pour un temps limité, je suis prêt à pas t’arracher ta nouvelle face. Je suis même OK pour faire la moitié du chemin si tu me redonnes mon cash sans faire de trouble. Moi, je veux juste une retraite d’honnête homme. Comme toi, mais sans les totons ni les frisettes. Pas faire de vagues et pu tuer parsonne.

Ça fait que réponds-moi, qu’on se donne the rendez-vous qui me permettra enfin de chiller dans un chalet en faisant semblant d’être pauvre, et qui t’ôtera une menace un ti-peu plus stressante qu’un vernis raté sur les doigts d’une vieille parkinson.

Chuis un visuel, Sergio, et c’est pas des cheveux, une robe à fleurs pis du botox qui peuvent m’empêcher de reconnaître une face. Ni de faire des trous dedans.

Your time is up, comme disait Harvey Weinstein. J’attendrai pas 22 ans de plus.

Yours truly,

Maurice Momo Chiasson

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Momo!

Veux-tu ben me dire comment est-ce que c’est rendu que tu parles? T’est ben chic, mon tabarnak! Ça te va ben! Toute t’a toujours été, toi, mon osti. Je me souviens de cet après-midi aux danseuses où tu portais tes jeans-cigarette Boulet, tsé, ceux que t’avais payés cher et qui, on va se le confier, te faisaient toute une paire de miches. Deux beaux pains de campagne à la sambuca, ha ha!  On avait-tu assez ri! T’avais payé la tournée de bière-clamato à tout le monde, y compris à Ti-Bécik, notre préférée. Je te dis qu’a’ tournaillait autour d’un poteau comme pas une, notre Ti-Bécik. Une tigresse. J’ai gardé son ongle cassé, de la fois où a’ s’était battue avec Paulo parce qu’il voulait pas y redonner son top brillant. Eh! Que ça avait saigné, c’fois-là. C’était le bon temps. J’y repense chaque fois que je regarde son bel ongle de deux pouces glossy, avec le design de palmiers pis de coucher de soleil de Miami. Dans le temps, je comprenais pas pourquoi ça me faisait de l’effet de même, un dessin. Mais je l’ai gardé. Toujours, dans mon portefeuille.

Pis ben… qu’est-ce tu veux, mon Momo. Y’est arrivé ce qui est arrivé. On s’était pourtant dit qu’y’en n’aurait pas, de marde. J’arrivais derrière le truck avec ma perruque frisée pis je criais « Tout le monde à terre, ça va aller vite! », comme Monica la Mitraille. Le parfait larcin. C’était clair comme de l’eau de poche. Tout le monde se serait couché à terre pis ça serait allé vite. Une job propre, comme qu’on avait dessiné sur ton paquet de Gauloises. Mais y’a fallu que tu fasses à ta tête, Momo. Y’a fallu que tu voles le show. Pis que tu passes le gros. J’entends encore son râle gras et je peux pas m’enlever ses petites guiches frisées pleines de sang noir de d’ans tête, Momo. Ton Sergio est mort, ce jour-là.

Quand l’autobus m’a débarqué à Bemidji, je me suis juré que ma nouvelle vie serait belle. Que j’aurais un logement à moi, une berçante, pis des buissons avec des pompons de fleurs. J’ai jamais pu t’en parler, de ça, Momo. On jasais jamais de fleurs pis de pompons, toi pis moi. Qu’est-ce tu veux. Ça fait que la première affaire que j’ai faite, c’est de me refaire faire les dents. Je couchais dans des motels, j’avais rien à moi, sauf mes belles dents lilas. Eille tu devrais me voir la paire de chicklets! Ça m’a tenu en vie sur un esti d’temps, d’entendre le bruit de mes palettes qui croquent dans une tomate. Les tomates sont fermes en tabarnak, par-ici, Momo.

Pis un matin, j’ai compris que je m’étais toujours appelée Serena; un nom prestigieux pis pas cheap comme Jessica. Je suis partie de là, Momo. Pis un beau manné, entre deux jobines de peinture, je suis retombée sur l’ongle de Ti-Bécik. Le nailart est ben fort, par-icitte. Ça fait que je me suis pratiqué un peu, chaque soir, sur des écailles de pinottes. Ben j’ai pogné la twist. Je suis capable de te peinturer le skyline de Dégelis rien que sur un pouce, mon Momo. J’ai inspiré le respect pis le mot s’est passé. La business est bonne. Les bonnes femmes aiment ça, se faire peinturer des teddé-bears sur les doigts.

Je vais passer par-dessus toutes les saloperies que tu racontes sur ma nouvelle enveloppe. C’est pas à ta portée, Momo. Là, Ti-Bécik est avec moi. On en a jasé, pis on t’a préparé un sac sport avec ce que je considère qui te revient. Viens le 12, y t’attendra au Cimetière Greenwood sur la tombe de tu sais qui.

10 heures au soir.

Serena

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Serena,

Normalement, j’haïs ça, les fausses femmes.

Mais d’un autre côté, 22 ans en dedans, ça étire bien des choses et ça te change une vision. J’ai changé, Serena. Et oui, je parle chic à cause que je me suis cultivé pendant ma détention. Astheure, je clanche n’importe qui au sudoku. T’as toujours été artiste, moi, je suis un penseux. Mais ça, c’est juste la surface des choses. Il faut que je te parle de ce qui se passe dans le fond de moi.

Ça me tourne dans la tête depuis que j’ai lu ta lettre, je vais te le dire comme ça vient : t’es mon genre de partneuse. En tout cas, y’en avait des ben plus laittes à mon unité, pis ç’a jamais empêché l’affection. Je relis tes mots, pis ça fait des phrases, pis ces phrases-là touchent mon âme ben ben profond.

Fait que j’ai un deal à te proposer. On se voit le 12, là où repose le fantôme de notre jeunesse – ouin, j’ai beaucoup lu – pis je veux te voir toi, en personne, avec ou sans Ti-Bécik. Je compterai le cash direct sur la pierre tombale ou autre surface plate, et je m’attends, au nom de notre complicité, à ne pas me faire prendre pour un épais. Pis pour balancer tout ce qui sera pas dans la poche de hockey, je veux une place dans ton cœur de femme nouvelle.

Mon nouveau plan, c’est d’aimer Serena Wolfpitch aussi fort que j’ai haï Sergio-L’Escapade. Pis y’aura pas de mort dans ce coup-là.

Sous mon ti-cuir de brute, y’a une grosse boule de sentiments. Je sais ce que je vaux, et j’aime pas me faire négocier. Alors c’est ça. Pour pas m’avoir dans ton chemin, tiens-moi proche-proche-proche. Tu trouveras pas meilleur compagnon de vie que quelqu’un qu’a tué pour toi et qui a deux décades de manque affectif à combler. Pis toi et moi, on a joué la même game dans la même gang : on peut pu se mentir.

On n’a pu 20 ans, Serena. C’est notre chance de repartir à zéro, dans un nouveau pays, au milieu des pompons de fleurs, des pizzas hawaïennes et du vernis à ongles. Un monde juste à nous autres. Je suis encore solide et j’ai du cœur au ventre; je pourrais facilement me trouver une job d’Américain, comme détective privé, conducteur d’ascenseur ou même juré de procès. Et tu finiras par l’avoir, ton salon de manicure rien qu’à toi, tout plein de bouquets d’hortensias, de grosses femmes riches et de rires d’enfants. Si tu tends ta main dodue, tu peux toucher du doigt notre ti-boute de paradis : il est juste là!

Fait que 10 h au Cimetière Greenwood, mets-toi belle. Pis si il faut que Ti-Bécik embarque avec nous, ça me dérange même pas.

Ton Momo

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Allô mon momo!

Eh bateau! Je pensais pas que tu changerais ton fusil d’épaule de même, mon salaud! J’ai les fruit of the loom en lavette, ça pisse à’ grandeur du corps. Je braille, Momo, des belles larmes d’homme sur les fins traits de mon faciès de femme. Ça faisait longtemps, que j’avais pas pleuré au masculin. Mes larmes tombent sur mon napperon du Denis pis ça goûte le cuir. Le cuir pis le métal. Au début, j’ai eu peur d’être après faire un ACV, mais vu que ça sentait pas les toasts, je suis correcte.

Cré Maurice. Tendre comme un steak délicatisé. Mais m’a t’en faire, une fausse femme! Tu dirais pas ça si tu voyais ce que je suis capable de faire à un cône orange sua rue. Y’a pas une femme, PAS UNE, que je connaisse qui soit capable de s’asseoir là-dessus, lentement, sans changer de la face, en prendant ben son temps jusqu’à ce qu’y disparaisse dans sa petite rocaille intime. Le petit serveur du Boston Pizza a fait toute que le saut quand j’ai fait disparaître notre deux litres de Pepsi, à notre souper de femmes, l’autre soir. Eille, le fun qu’on a eu! Pis on a beau pas s’être parlé depuis au-dessus de 20 ans, j’ai pas de problème à te confier su’l side, mon Momo, à quel point le docteur, un beau Chinois, m’a fait une belle job de ploune. C’est beau, même à la clairceur! Tu créeras pas à ça, m’a te la montrer, elle est belle comme le petit St-Jean-Baptiste, rose pis gold en même temps, avec des airs de Patsy Gallant quand a lève sa grand’ patte dans les airs. Pas sa fourche à elle; MON PÉRINÉE EST UNE VÉRITABLE ET TOUTE PETITE TINY TINY BIKINI BEANIE PATSY. J’AI ÇA DANS MES CULOTTES, ASTHEURE MON BEAU NOIR, peux-tu croire?

Bon là, laisse donc faire le cimetière pis les sparages; comme on savait pas à quoi s’attendre, Ti-Bécik pis moé, on voulait pas prendre de chance. Les pierres tombales, la brunantes, on trouvait que ça faisait safe; on s’était même acheté des impers kaki pis des bandanas en qu’en qu’y’aurait fallu se battre. Mais à te lire, on n’est pu là-dedans, astheure. Viens donc prendre un brandy à’ maison mobile, à la place. On est ben équipées! On vient même de s’acheter un Brita. Le sac sport est là, y t’attend, ben plein, comme mon siot de piroulines à côté du cendrier. Je me souviens de ta gencive sucrée! Viens donc, on va se faire des hot dogs au beurre de pinotte, comme dans le temps, pis m’a te faire une job de cuticules que t’es pas près d’oublier.

Imaginer la terre comme un jardin d’Eden
Horizon sans frontières Russes, ou Américaines
Ou personne ne s’amuse à jouer à la roulette
À qui sera le premier, à faire sauter la planète.

Bocal de poissons rouges sur le crâne, regard Bocan, JE T’ATTENDS.

Ps tendresse :: Ti-Bécik fait dire que tu vas dormir su’l sofa.

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J’haïs l’éponymie

Voici le texte que j’ai écrit pour le Cabaret des auteurs du dimanche dont le thème était mais.

Hé hé, c’est un thème parfait pour parler des sujets controversés, hein? Des trucs qui te polarisent un bar en moins de temps qu’il n’en faut à Marie-Ève pour siffler une 50. Des questions intenses, jamais résolues, des tabous. Alors j’me lance parce qu’il faut que ça sorte :

J’haïs l’éponymie.

Ça fesse, hein?

Prenez le cas de la musique. Mettons qu’un chanteur nommé Joe Blow sort un album intitulé Joe Blow. Vous le voyez le problème? Ou plutôt LES problèmes? Premièrement : tu fais un métier créatif, t’as composé 12 chansons mais t’es PAS CAPABLE de trouver un titre pour l’ensemble? Tu peux prendre le titre d’une des tounes, tsé, personne t’en voudra. À moins que TOUTES tes tounes s’appellent aussi Joe Blow parce que t’es vraiment un gros criss de paresseux? Deuxième problème : si ton album porte ton nom, c’est que t’as TOUT donné, right? T’es vide, t’es sec comme le fond de la bouteille à Marie-Ève? Donc, le message, c’est que tu feras pas d’autre album, jamais. Ça restera Joe Blow, l’album de Joe Blow? Ben tant mieux parce que même le premier, je l’écouterai pas!

Nan mais t’imagines l’écrivain? «Je voulais faire avancer la littérature et j’ai nourri ce roman pendant cinq longues années. Il était en moi. Mais j’ai pas trouvé de titre alors il s’appelle Gilbert Fournu». Mais non, Gilbert, mais non, mais non, mais non.

Pareil pour le théâtre :
– Hier, je suis allé voir Michel Tremblay.
– Ha? Il va bien?
– Non la pièce Michel Tremblay, de Michel Tremblay.
– Ah. C’est autobiographique?
– Nan, c’est éponyme.

C’est chiant, l’éponymie. C’est illogique, c’est redondant, c’est égoïste, pis c’est rigide!

Ouais, rigide. Pénélope McQuade, quand elle est trop malade pour animer Pénélope McQuade, elle se fait remplacer par un autre animateur. Un animateur qui anime Pénélope McQuade. C’est moi ou c’est malsain?

Pareil à la radio. Sur Ici Musique, je suis déjà tombé sur le remplaçant de Via Fehmiu qui parlait au remplaçant de Plaisirs Therrien. Non mais ça fait-tu assez territorial? Je te prête mon micro mais j’ai pissé sur le siège?

Tenez, une nuance intéressante : vous voyez la différence entre «je lis le dernier Kundera» et «je lis le dernier Ricardo»? C’est ça. Aucun des romans de Kundera ne s’appelle Kundera, mais tous les magazines de Ricardo s’appellent Véro… euh Ricardo! C’est mêlant.

Honnêtement, Beethoven aurait eu l’air d’un sacré taouin s’il avait composé une symphonie éponyme. Et Michel-Ange, vous avez admiré sa fresque éponyme dans la chapelle Chapelle?

Bon. Parmi les artistes, il y a ceux qui se sont trouvé un nom d’artiste, un pseudo, comme on dit. Mais pour tous les autres artistes «éponymes», comme c’est juste leur nom de naissance, eh bien c’est leurs parents qui ont choisi la première moitié du nom de leur œuvre, et la seconde moitié vient de leurs ancêtres. Pas super créatif ça, mon champion…

À l’époque où on parle de différencier l’œuvre de l’auteur – allô Sylvain Archambault, Roman Polanski et toute la gang de vieux dégueux qui méritent pas leur talent –, pourquoi tu voudrais qu’une chose que tu as faite à un moment de ta carrière porte ton nom? Un CV, c’est pas j’ai fait ça, pis j’ai fait ça, pis j’ai fait ça, pis j’ai fait MOI, pis j’ai fait ça… Ah mon dieu, je peux pu rien faire! Cet album, C’EST MOI! Ma vie est finie, je me roule en boule et je me laisse mourir. Gilbert Fournu (l’album) me survivra! Meh. Loser.

Le pire, c’est qu’en musique, plein de gens que j’aime sont coupables d’éponymie, les salauds. Les Beatles, Jobim, les Beach Boys, Dylan, Blood, Sweat & Tears, Bowie, 10cc, Peter Gabriel (il en a même fait quatre, le bâtard!), Queen, The Clash, The B-52’s, Björk, The Cars, Pretenders, Gorillaz, Bebel Gilberto, et aussi plein d’artistes francophones mais j’ai pas trouvé de liste sur les interwebs… oui je sais, vous avez tous vos exemples, MAIS LES MIENS SONT MEILLEURS, OK?

J’haïs l’éponymie. Surtout que quand tu commets le crime d’éponymie, ta création te dévore et te vole tom nom! Parce que vous pouvez vérifier, on a le droit d’écrire : David Bowie, l’album du chanteur éponyme! Boum, c’est le chanteur qui est rendu éponyme! Pis quoi encore, son album va le poursuivre en propriété intellectuelle?

Pis vous avez remarqué? Personne n’en parle. Jamais une ligne sur l’éponymie. Nulle part. Pour moi, c’est clair : y’a des intérêts qu’ont pas intérêt.

Je suis vraiment pas étonné que dans Wikipédia, l’exemple qui sert à définir l’éponymie est le mot poubelle, qui vient du nom du préfet de la Seine, Eugène Poubelle, qui imposa l’usage de ce dispositif. ÉPONYMIE ÉGALE POUBELLE.

C’est pour ça que ce texte ne s’appelle pas Olivier Bruel. Rendez-moi service : tuez-moi à coup de micro si je crée une œuvre éponyme.

Portfoliogo

Je n’avais pas de galerie «un peu complète» des logos que j’ai conçus au cours des 25 dernières années, c’est maintenant chose faite ici.

Bonne visite!

Pruneau cru

Hier soir, c’était le Jour de la Terre, mais aussi le retour du Cabaret des auteurs du dimanche. Le thème était pruneau. Voici le texte volontairement désagréable que j’ai lu et qui a fait un beau frette.

Je vais tout de suite mettre quelque chose au clair : je suis pas là pour me faire haïr. Mais je vais essayer.

Vous êtes ouverts d’esprit et convaincus d’avoir zéro tabou? OK. Alors si on parlait de votre immaturité alimentaire?

Je vous regarde et je vois des enfants hyperactifs qui veulent leur chocolat mais pas leurs brocolis parce que c’est paaaas bon! Si je vous dis que la poutine est du junk, vous allez sauter dans la colère ou le déni. C’est correct, c’est les deux premiers stades du deuil. Un jour, peut-être, vous comprendrez que votre corps mérite mieux qu’un mélange indigeste de trois mauvais ingrédients.

Vous mangez comme des bébés. Vous avalez la boulechite du marketing agroalimentaire qui dit que se nourrir c’est pas un besoin physiologique mais un réconfort. Un plaisir facile, qui concerne juste vos papilles et votre pseudo-bien-être. Elles ont 5 ans d’âge mental, vos papilles, elles se foutent complètement de ce qui arrive une fois qu’elles ont joui! Passée l’extase chimique, tout s’évacue dans cette sombre poubelle qu’est l’œsophage. Vite, de la place pour autre chose!

Je sais, vous respectez religieusement le Guide alimentaire canadien et ses quatre groupes : le salé, le sucré, le chimique et le gras.

Vos grands-parents ont connu la grande noirceur et la peur de manquer, alors ils outremangeaient. Vos parents ont adopté le tout-chimique, parce qu’une usine, c’était plus rassurant qu’un potager. L’Homme avait vaincu la Nature. Mais vous, là, ça vous tenterait pas de faire la paix avec votre nourriture? You are what you eat, quelqu’un?

On n’est plus à l’époque où les riches mangeaient pendant que les pauvres crevaient. Aujourd’hui, les riches mangent pendant que les pauvres bouffent.

D’ailleurs, IGA résume super bien l’air du temps avec son slogan très classe : «Vive la bouffe». Laissons la nourriture aux snobs et célébrons les affaires louches qu’on se met dans la gueule et qui sont en spécial dans la circulaire!

Parce que vous exigez que ça «goûte le ciel», l’industrie vous fourgue des exhausteurs de goût, surtout l’aspartame et le glutamate. Ça tombe vraiment bien : le premier serait à l’origine de cancers et de naissances prématurées, et l’autre est soupçonné favoriser la dégénérescence du cerveau et d’augmenter les risques d’Alzheimer! Vous allez donc mourir de malbouffe, mais vous vous rappellerez plus pourquoi!

Je peux vous le dire parce que j’ai rien à vendre : vous confondez plaisir et orgie. Si «fêter», c’est s’empiffrer et se soûler, il y a peut-être un autre genre de vide à combler?

Le dieu sucre. En guise d’églises, vous lui avez bâti des cabanes. Un petit conseil, en passant : mangez des fibres. Parce qu’après le temps des sucres, c’est le temps des selles!

Et LE BACON! Tout est tellement meilleur avec du bacon! Le bacon, c’est l’amour, le vrai, celui du cœur. Parlant de cœur, vous savez ce que le bacon fait à vos artères, huh? Il les aime, il leur fait un gros gros gros câlin!

Vous êtes pas tannés de vous faire engrosser par la bouche? C’est quoi, les plus grosses fortunes de l’«alimentaire»? La numéro 1 vend surtout du sucre et de l’huile. La deuxième, c’est Coca-Cola, vous savez, le truc qui sert à dérouiller des clous? Me-noum.

Pourquoi tous les gars ont une bédaine de bière dès 25 ans? Parce que ça prend deux heures de hockey pour compenser les calories d’une seule «petite» bière. Alors extrapolez : deux bières, trois bières, cinq bières… Là, je vous entends me dire «ma blonde, elle la trouve cute, ma petite bédaine…» Hum. On parlait de déni?

Mais y’a pire. L’autre soir, j’étais à un party de créatifs à la SAT. Le bar tournait full pin, il y avait des stands de bouffe «urbaine». Des burgers réinventés. Des kébabs déstructurés. Des salades hipsters. Mais qu’est-ce qui excitait ce beau monde? Le bar à bonbons! Les dents m’en tombent.

La réponse à la malbouffe, c’est pas le sans gluten, ni le paléo, ni le low-carb. Mûrir, c’est pas faire attention à ce qu’on mange, c’est SAVOIR POURQUOI on mange. Spoiler alert : pour rester en vie. «Faire attention à son alimentation» est une absurdité. Après vingt siècles de civilisation, on devrait en être rendus à produire/acheter de la nourriture qui se peut, plutôt que se faire décerveler d’un bord par des fabricants de nananes toxiques, et de l’autre par les pushers de diètes. On devrait avoir compris que manger, c’est pas une récompense ni une vengeance. Qu’une émotion, ça se mange pas : ça se communique. Qu’échanger un bon comportement contre un pogo, que priver un enfant de dessert, c’est créer des associations malsaines dont le kid ne se défera peut-être jamais. On devrait faire la paix avec ce héros méconnu qu’est notre tube digestif. Et être adultes, pas au sens beige : adultes au sens en contrôle de notre shit.

Si tu crois être à l’écoute de ton instinct quand tu manges l’immangeable, j’ai un conseil pour toi : écoute mieux. La merde est supposée sortir de toi, pas y entrer. Mais bon, il faut bien se faire plaisir de temps en temps, comme disait le chihuahua en zignant la jambe à grand-maman.

Votre immaturité alimentaire m’a flabergasté à chaque fois que vous avez décidé que votre entraînement vous donnait droit à un sac de chips ou à un kilo de crème glacée. Mais vous vous êtes surpassés dans vos lendemains de brosse, quand vous avez gémi que votre corps réclamait du gras et du salé. Ça là, c’est de la mythomanie gastrique.

Mais je suis qui, moi, pour vous dire tout ça? Prenez donc vos infos chez les vrais spécialistes. Ça tombe bien, les nutritionnistes passent même à TLMEP! Ils vous confirmeront que les régimes miracles, c’est de la connerie, comme les détox et les superaliments. Le pruneau, lui, contient de la vitamine A, C et B6, du calcium, du fer et du magnésium.

Vous me trouvez baveux? Au moins, ma bave est sans gras trans ni OGM!

Logos, plagiats et coïncidences

Mardi prochain, 27 mars 2018, je présenterai pour la première fois ma nouvelle conférence, Logos, plagiats et coïncidences.

C’est un sujet que je porte depuis longtemps, demandez aux gens que je fatigue inlassablement avec ça et qui se disent bon, il n’était pas complètement mythomane, il la donne pour de vrai, sa maudite conférence.

À quoi vous attendre? En gros, à ceci. Deux logos se ressemblent : est-ce le fruit du hasard ou d’une copie délibérée? La réponse est-elle vraiment simple? Des millions de logos peuplent désormais notre quotidien… sont-ils tous uniques? À travers de nombreux exemples, essayons de comprendre le pourquoi d’une ressemblance. Comprendre ce qu’une entreprise risque à voler une identité existante. Comprendre comment un designer peut – ou pas – s’assurer que sa création est originale. Comprendre que la création dépasse le champ du marketing pour interpeller la psychologie de la perception. Comprendre aussi pourquoi, à l’heure des médias sociaux, les logos cristallisent les opinions.

On m’a demandé à qui s’adresse cette conférence. Le premier public, ce sont mes camarades créateurs d’images de marque, ainsi que tous ceux qui sont impliqués dans des missions de branding. Les professionnels les plus aiguisés – il y en aura dans la salle! – n’apprendront peut-être pas grand-chose, mais ils devraient êtres divertis par l’arc narratif, comme on dit! En bon vulgarisateur, je me suis assuré de décortiquer les notions les plus techniques et de laisser toute la place aux exemples, aux anecdotes, aux blagues et aux réflexions socio-visuelles. Alors n’importe quel cerveau ayant un minimum de curiosité devrait être intéressé.

Consolez-vous si vous n’être pas dispo mardi, je tâcherai de trouver d’autres occasions de présenter cette conférence.

Les billets sont en vente ici.

N’oubliez jamais : copier, c’est mal.

Infoman et la carte soleil

En ce 25 janvier 2018, j’ai été invité à commenter le (non)design de la nouvelle carte d’assurance maladie québécoise, au micro de Jean-René Dufort. Une expérience fort agréable.

Je remercie Infoman d’avoir fait confiance à mon expertise, même si je ne suis pas (encore) la bête médiatique qu’est Mathieu Bock-Côté! Si tout va bien, je deviendrai le nouvel expert des événements graphiques – designs controversés, logos ratés, affiches immondes –, prenant ainsi le relais de feu le grand Frédéric Metz! Ouais, la barre est haute, mais j’ai des ressorts sous les semelles.

Si vous êtes au Canada, l’émission complète est visionnable en cliquant ici, et mon intervention commence à 17:57.

Pour voir la partie de l’émission où j’interviens, c’est ici :

 

Si ça ne fonctionne pas, essayez YouTube.

Les 17 meilleurs et pires logos de 2017

2017 pourrait s’inscrire dans les annales comme l’année où les logos ont laissé la place aux systèmes d’identité visuelle au milieu desquels le logo n’est souvent qu’un élément neutre et flexible. Cela dit, jetons un œil subjectif aux meilleurs et pires logos de l’année, d’ici et d’ailleurs!

LES MEILLEURS

Suite de l’article sur Infopresse